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Un Noir Tellement Blanc
Galerie du Triangle, Rennes, 2 juin au 7 juillet 1995
JEAN-MARC HUITOREL
Un Noir Tellement Blanc

Hervé Rabot appartient à cette catégorie d’artistes qui, partis de la photographie de reportage, en ont retenu le principe ontologique, à savoir l’irréductibilité du référent. Cela doit ôter de l’esprit de quiconque regarde ces images, jusqu'à l’idée, forcément irrecevable, d’une photographie abstraite. C’est donc du monde qu’il s’agit. Encore et toujours. De ce monde résistant dont les artistes, depuis la nuit des temps, cherchent l’entrée et dont les meilleurs parviennent à soupçonner la prise de vue qui manquait, à l’image de cette meule que Flaubert   exhortait le jeune Maupassant à décrire comme personne avant lui ne l’avait décrite. Dans le cas contraire : s’arrêter.

Les voiles dont semblent recouvertes les photographies d’Hervé Rabot ne sont jamais que cela qui apparaît une fois ôtée la première couche du réel, la couche rétinienne On pénètre ensuite dans les strates de l’infra-visible, l’œil dans l’œil du photographe, format 6x6, réglage à minima, au cœur de cette immense seconde pendant laquelle s’appréhende et s’inscrit le carré retenu. Quand il photographie le littoral, c’est le voile blanc du ciel qui institue le très noir du minéral et c’est comme une robe de danseuse gitane. Plus que la révélation tatillonne des nuances intermédiaires, c’est la traversée qui l’intéresse, c’est à dire cette transparence que seul permet le passage-éclair. Quand il photographie « son »  roncier, il se place au cœur très vivant de son rapport au monde, fonçant dans l’opacité touffue et déchirante, le regard inscrit au plus vibrant de la menace. C’est de ce violent corps à corps que naissent ces images à la fois si denses et si ténues, ce si peu qu’à force d’attention il parvient à saisir du chaos.

Jean-Marc Huitorel