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Avec Elles et Autres Feux
Atelier C, 2009
BERNARD GERBOUD
Avec Elles et Autres Feux, depuis le Roncier, une suite photographique

Hervé Rabot a présenté à l’Atelier C, du 12 au 22 mars, le dernier accrochage de sa série de photographies intitulée Avec Elles et autres Feux, à l’invitation de Jean-Pierre Brazs et Bernard Gerboud. Les recherches conduites par Hervé Rabot pour aboutir aux différentes propositions auxquelles donnent lieu cette série – ou plutôt ces séries – ont commencé en 2004.

Avec elles est le titre générique des recherches photographiques initiées par Hervé RABOT en 2004. En 2006, à Timisoara, dans le cadre des Secondes Rencontres internationales photographies, SurExpositions, qui avaient pour thème les Passages : entre exception et règle, autrement dit ces passages qui font transgression, la suite de cette recherche a été présentée avec un complément au titre générique : Avec elles et autres petites peintures. A mesure de l’évolution de cette recherche à récurrence thématique, le complément au titre générique change et lors de l’exposition du nouvel état de cette recherche, en un nouvel accrochage à l’IUFM – Site de formation de Rennes, en décembre et janvier dernier, le complément alors adjoint au titre générique est aussi celui de la présente exposition : Avec elles et autres feux.

Ces autres feux pourraient en effet être ceux qu’ont allumés sur la peau d’Hervé RABOT les multiples traversées du Roncier et qui ont abouti à la série éponyme. En effet, l’exposition de Rennes donnait déjà à voir des photographies de la série Le Roncier juxtaposées à des photographies de la série Avec elles.

Ces deux séries, ne se font pourtant pas chronologiquement suite puis qu’en 2002-2003, Hervé RABOT a travaillé à Effraction. Le titre Avec elles et autres petites peintures mettait l’accent sur la couleur d’où surgissent ces femmes – « elles » –, comme nous le donne à lire Michelle DEBAT dans la première version du texte qu’elle a écrit en vue de la publication du futur catalogue [1], version qui accompagnait la présentation des photographies d’Hervé RABOT lors des Secondes Rencontres de Timisoara. Le titre actuel nous donne à comprendre qu’il y a lieu d’établir une relation entre les photographies du Roncier et celles de ces femmes qui ont choisi de se laisser photographier.

Que nous donnent donc à voir ces photographies auxquelles travaille Hervé RABOT depuis 2004 ?

Au premier regard il nous apparaîtrait que ces photographies sont des photographies de nus. Il pourrait donc s’agir de photographies de genre. En effet, les genres catégorisent la classe ou la nature du sujet traité par un artiste, par exemple le portrait, le paysage, la nature morte. Mais avant tout la nudité dans l’art ancien est un attribut de la divinité, le nu par contre n’est pas un genre.

Par ailleurs, nous sommes loin de l’Etude de nu de 1854 par Vallou de VILLENEUVE, photographie conservée au Département des estampes et de la photographie, à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. Ce nu, en effet, est soigneusement rendu quasiment pudique par un savant drapé subtilement froissé pour être néanmoins suggestif. Nous sommes loin aussi du travail photographique d’Emile BAYARD, objet de l’ouvrage intitulé Le Nu esthétique, paru en octobre 1902.

Nous avions affaire alors à des artistes qui prétendaient à la volonté de créer des œuvres artistiques d’après nature, dans une ontologie de la relation du modèle et de la copie.

Ce n’est donc plus ce à quoi nous avons affaire avec les photographies d’Hervé RABOT : de la couleur d’où « elles » surgissent, leur nudité semble nous contrarier ou nous fasciner, nous choquer ou nous séduire, nous troubler ou peut-être nous libérer.

Ces photos de nus sont brutes, sans concessions et naturelles. Les femmes photographiées sont loin de correspondre aux canons de beauté traditionnels : elles sont, peut être, notre voisine, notre tante, notre mère, notre sœur : la femme de tous les jours, dans une nudité rendu agressive en apparence puis qu’elle dévoile une intimité crue.

Les photographies d’Hervé RABOT proposent, par leur caractère a priori transgressif, un regard contemporain sur la question de la nudité et s’ouvrent à une dimension sociologique.

Et c’est en effet de regard qu’il s’agit, et avant tout de celui que ces femme portent, le plus souvent indirectement, sur ceux qui vont les regarder dans la posture qu’elles ont décidée car ces femmes ont un regard et ce regard est bien ce qui nous fascine.

[1] Avec elles, catalogue de l’exposition du 10 mars au 19 mai 2007 au Loft de la Galerie Kahn, Paris, Editions TRANS PHOTOGRAPHIC PRESS, Paris, 2007.